Mardi 1 janvier 2008

 

                      

Très vite, l’épouse de mon père nous initia à l’art du jardin et du travail dans une ferme, au tricot, à la broderie, à la couture, à la cuisine et à toutes les corvées de la maison.
 Une semaine deux d’entres nous, enfants, faisions la vaisselle, puis c’était au tour des deux autres.
Très vite nous passions de quatre à trois actifs : La fille de notre belle mère devait se consacrer à ses études et donc ne plus participer aux tâches.
Nous devions marcher pour aller à l’école du village, puis plus tard au collège, quand les frais de car n’avaient pas été acquittés. Nous transportions à manger dans nos sacs car notre belle mère trouvait la cantine bien trop chère… Cela nous coûtait à nous enfants le regard des autres … Ce regard qu’on pose sur les « pauvres ». Nous devions entrer dans la cantine et manger notre pain à nous … Ainsi cette femme en avait elle décidé.
 
Elle était imprévisible et nous ne comprenions pas ses contradictions : Elle passait très vite d’amie à ennemie.
Chaque jour il lui fallait une nouvelle victime, elle choisissait dans la famille, chez les voisins, dans l’entourage …
J’ai très vite compris qu’il valait mieux être son amie. Un de mes frères était rebelle et malheureusement en dut en payer très cher le prix. Je me pliais donc à ses désirs et faisais ses quatre volontés afin de vivre dans le calme. Cela me coûtait des heures de travaux forcés. J’étais couchée à minuit et parfois au delà et mon réveil sonnait à cinq heures du matin. Mes devoirs n’étaient jamais finis mais les notes étaient bonnes quand je le désirais.
L’intérieur de la maison se dégradait de jour en jour et notre habitation est très vite devenue une porcherie.
Notre père ne pouvait plus travailler, ma belle mère fut obligée de trouver un emploi et pour moi l’esclavage continua de plus belle.
Celui qui était sensé nous protéger passait son temps entre l’hôpital et la maison, ses colères étaient régulières, il fuyait dormir dans le grenier ou je devais lui apporter à manger en prenant quelques précautions…car l’alcool le rendait agressif et violent …
 
Il ne faisait pas montre de violence envers nous … Mais envers « elle », envers « ma marâtre »…Ce monstre qui avait pris notre vie et celle de notre père…Celle qui portait chez nous le pantalon…
 
La propre mère de ma marâtre habitait proche de nous. Tous les coups semblaient permis en mère et fille … Le pouvoir rongeait ma marâtre … Elle en voulait toujours plus jusqu’à racheter la maison de sa mère afin de lui louer et de lui envoyer un huissier si par malheur un loyer arrivait en retard…
Il s’agissait de guerres pour quelques sous, de vengeances sordides de femmes … Soit ma marâtre détestait l’autre soit elle l’aimait quand lui venait l’idée de s’en prendre plutôt au voisin… Difficile de comprendre …
 
 
Des moments de calme, nous en avions quand ils se disputaient violemment. Nous pouvions à ce moment là, profiter d’un temps de répit. Elle allait de procès en procès avec les voisins, et si par mal chance, elle avait tort, elle faisait appel... Les conflits remplissaient des parties de sa vie… Elle nous oubliait pendant ce temps là.
 
           Nous avions rien de parfait tous les trois bien sur mais nous avions le sentiment d’être malchanceux… Malchanceux d’avoir eu à faire à un juge pour le moins … expéditif …
 
            Sept années d’humiliations et de violences ce n’est pas facile pour se construire !
 
        Vive la justice !
 
           Ma mère avait fauté certes, j’en ai eu la confirmation des années après.
Mais nous, enfants, pourquoi nous avoir si sévèrement punis ? Nous n’avions rien fait !
par LAURA
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