Mardi 1 janvier 2008

 

Deux enfants nous avaient devancés, une sœur et un frère, mais je dois vous le dire, un monde de femmes s’imposait à moi, ma grand-mère, ma mère et mes deux tantes… Une éducation féministe d’après guerre…
         Elles se partageaient généreusement les tâches, mes deux tantes n’avaient pas eu d’enfants, choix qu’elles avaient fait. Elles étaient plus jeunes que ma grand-mère et avaient vécu les deux guerres qui certainement avaient provoqué ce choix. Chacune des trois filles de ma grand-mère étaient différentes : Tante Marianne, qui allait s’occuper de moi, était une petite blonde décolorée, les cheveux tirés en arrière, avec toujours autour du cou un cordon noir garni d’une médaille. Tante Jeanne , destinée à éduquer mon frère était grande, les cheveux en bataille, toujours mal fagotée, une petite tare qui faisait que nous nous en amusions. Mes deux autres frères et sœurs allaient être pris en charge par ma mère et ma grand-mère…
Mon père était absent, il était militaire et donc a la guerre. L’Algérie voulait son indépendance et nous devions en ce temps là nous battre…
          
 
     Mon grand-père travaillait comme maçon et devait, à cette époque, être opéré d’un cancer de l’intestin, opération de laquelle il sortit glorieux. C’était un battant, nous avons grandi dans l’amour de toutes ses femmes et avec le soutient de cet homme. Mon père n’avait, je le sais aujourd’hui, pas compris qu’il était papa et oubliait fréquemment son devoir d’homme, l’armée était sa maîtresse préférée, les copains et l’alcool étaient devenus sa famille.
 
      Je grandis donc dans un milieu plein d’amour, et très sécurisant pour une enfant.
Ma mère nous soignait avec son cœur, et avec tout son amour qui nous construira, jour après jour, malgré un manque du à l’absence d’un homme … mon père.
Toutes les femmes qui nous entouraient nous câlinaient, l’amour berçait nos jours et nos nuits, nous vivions dans deux chambres et une cuisine, sans eau courante … mais qu’elle importance … Ce n’était pas une priorité dans ses années là….
 
       J’étais petite quand ma mère dut se battre pour moi à cause d’ une épidémie de méningite, appelée aussi « purpura fulgurant ».
J’étais très malade, je devais subir un traitement lourd et surtout cher pour une maman qui attendait l’arrivée d’une solde … solde qui  parfois était engloutie dans les bars par mon père.
 
Très touchée par la maladie, j’eus le même jour l’extrême onction et le baptême. Ma grand-mère fut réquisitionnée comme marraine et un cousin fit office de parrain. J’étais plongée dans le coma, le médecin ne laissait pas grand espoir… Je n’avais pas un an…
 
          Ma mère me donna l’amour nécessaire pour vivre. Je sortis du coma et fut sauvée : Etonnant dénouement, superbe revanche sur une maladie qu’on qualifiait a l’époque de mortelle.
       Se furent mes plus belles années !
 
 
          Octobre soixante quatre allait pour moi et deux de mes frères, tourner au drame, mes parents venaient de divorcer, et sur huit enfants, quatre allaient à chacun d’entre eux, idiotie de la justice ou erreur, je ne chercherai jamais à savoir…
Mon frère jumeau, un autre, âgé de onze moi de plus que nous et moi, allions subir le plus grand traumatisme de notre vie, un enlèvement organisé par la justice, et les services sociaux.
 
          Ma grand-mère nous donna une grande preuve d’amour se même jour, encore aujourd’hui, je la revois courir derrière ce car de gendarmerie et hurler :
 
 < Ne me prenez pas mes petits enfants !>
 
          Ils n’avaient pas compris que nous étions heureux, et que la, se terminait pour nous la plus importante et la plus heureuse partie de notre vie, le bonheur nous l’avons vécu dans la misère.
Cette période m’apportera la force de me battre tout au long de ma vie.
par LAURA
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